
Roland COUTANCEAU. – Il faut d’abord ne pas perdre de vue qu’il y a, chez les victimes de violences sexuelles, une grande variation de l’impact traumatique. Certaines arrivent à «digérer» tout cela avec l’aide d’un thérapeute, d’autres ont énormément de mal, mais certains aussi parviennent à s’en sortir seuls, sans avoir eu besoin de soins. Par ailleurs, il faut tenir compte du contexte de l’agression: a-t-elle été ponctuelle ou répétée, l’agresseur fait-il partie de l’entourage, etc.
Cela dit, les violences sexuelles sont celles qui, potentiellement, impactent le plus le psychisme. Plus une agression touche le corps et est «pénétrante», plus elle vise l’intimité et est humiliante, plus la victime risque d’être déstabilisée. Mais ce n’est qu’une vérité statistique: certaines personnes sont plus «résilientes» que d’autres, et la victime d’un braquage pourra parfois être davantage traumatisée qu’une autre ayant été violée.
Quels symptômes peuvent présenter les victimes?
Certains signes sont «bruyants». On peut voir des troubles du sommeil et des signes fonctionnels, comme des maux de ventre ; des symptômes anxio-dépressifs ; des «flash» avec remémoration du souvenir traumatique ; des troubles du comportement, notamment chez les adolescents (drogue, alcool, troubles de l’appétit, activités délictueuses…) et des répercussions sur la vie, par exemple les résultats scolaires pour les enfants; des perturbation de la vie affective et sexuelle (inhibition, pudeur excessive, peur de la sexualité…). Ce sont des éléments cliniques «objectifs», que l’on peut rechercher.
Mais le traumatisme psychique laisse aussi des traces plus subtiles dans l’âme humaine. D’abord du dégoût, de la honte, un malaise ou une culpabilité subjective. Mais aussi la souffrance d’avoir subi l’emprise. L’être humain est indépendant et toute situation où l’on se fait avoir laisse dans l’âme une blessure. Et lorsque l’agresseur était un proche, se pose la question de la suite affective à donner à cette trahison. Certains en veulent à l’agresseur pour ce qu’il leur a fait, mais gardent aussi de lui des souvenirs positifs.
Quelle aide le thérapeute peut-il apporter aux victimes de violences sexuelles?
Il faut leur offrir un espace de thérapie individuelle, mais pas uniquement. Rencontrer d’autres victimes qui ont «digéré» leur traumatisme peut être une grande aide. Il est souvent aussi très intéressant de rencontrer la victime avec un membre de son entourage (mais pas celui qui l’a abusé!), par exemple l’enfant avec sa mère, l’adulte avec son conjoint. Les victimes de violences sexuelles s’en sortent quand elles se propulsent dans une nouvelle vie. Pour une jeune fille abusée, avoir un gentil amoureux peut être un formidable «traumatisme positif»!
L’association Mémoire traumatique et victimologie plaide pour un dépistage systématique de ces violences, notamment chez les enfants…
L’idée est intéressante mais il faut le faire avec art. On ne va évidemment pas demander à tous les enfants si leur père ou leur instituteur les a violés! En revanche, on peut demander «Est-ce que quelqu’un t’embête?», puis selon la réaction de l’enfant, «Est-ce que quelqu’un te tape?», «te touche?» Il ne s’agit là que de mots très banals, neutres, qui ne parlent pas de sexe. L’art est alors d’observer la réaction psychique de l’enfant. Il faut que les professionnels, notamment les infirmières et psychologues scolaires, y pensent et sachent le faire avec tact et intelligence, quitte à orienter vers un spécialiste s’ils soupçonnent quelque chose.
Comment améliorer la prise en charge médicale des victimes de violences sexuelles?
Idéalement il faudrait réussir à créer, dans chaque ville moyenne, une consultation spécialisée en psychotraumatisme associée à un réseau de professionnels formés et informés. Beaucoup de médecins généralistes hésitent à poser cette question à leurs patients lorsqu’ils ont un doute. Mais beaucoup de victimes ont envie d’être devinées et disent que, si on leur avait posé la question, elles en auraient parlé plus tôt.
Qu’est-ce qui favorisera la remémoration du viol et la capacité à en parler?
Un terrain de plus en plus sécurisant, et contenant. Le lien travaillé en psychothérapie, bien sûr, mais pas seulement. Une fois que la personne a été mise en sécurité afin de pouvoir se reconstruire émotionnellement, toutes sortes d’événements positifs peuvent déclencher en elle la liberté de parler: un conjoint respectueux, aimant ; une maternité qui se passe bien, un enfant qui arrive à l’âge auquel elle a subi les violences sexuelles, mais également un nouveau choc émotionnel… Alors l’incapacité à parler recule, mais cela se fait souvent par couches successives.
C’est-à-dire?
La victime se rappellera d’abord d’un événement traumatique, puis le souvenir d’une agression encore plus ancienne se manifestera. Dès qu’il y a doute, il ne faut pas hésiter à poser cette seule question: «Avez-vous été victime de violences sexuelles?» Étrangement, le fait qu’elles soient dissociées émotionnellement permet à 90 % des personnes interrogées ainsi de répondre simplement oui…
Article tirée de Le Figaro Santé
Étant une ex-victime, et ayant développé une carrière de coach en développement personnel cela me tenais à cœur de pouvoir vous accompagner vers la libération de votre souffrance.
J’ai ouvert un groupe de parole pour celles et ceux qui souhaitent être entendu et partager sur ce sujet
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Et vous pouvez bien entendu me contacter pour un suivi personnalisé pour celles et ceux qui souhaitent y travailler personnellement.
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